Logements quai de Queyries – Bordeaux

programme : logements et commerces

maître d’ouvrage : Bordeaux Metropole Aménagement

architecte : ECDM architectes – chef de projet : Barbara Clout

localisation : Quai de Queyries, Bordeaux (33)

surface terrain : 23 000 m²

surface construite : 45 000 m² SHON

concours 2011

Elément d’un territoire beaucoup plus vaste

Etat d’une histoire distendue, la rive droite est un territoire polymorphe où le vide et le végétal ont conservé une grande place. La volonté de structurer ce secteur bordelais par le paysage, par de larges bandes végétales rayonnant depuis les rives de la Garonne constitue un changement de paradigme dans la manière de faire la ville, avec un quartier qui s’organise désormais autour d’une évocation de la place de la nature plutôt que par la réalisation d’infrastructures. Ici le liant, l’élément fédérateur, est moins la rue ou le système viaire qu’un dispositif de corridor vert, un jeu de trames végétales générant de l’espace public novateur, porteur de valeurs partagées. S’inscrivant dans cette pensée, notre projet est une proposition pour habiter le paysage, habiter un espace évolutif, rythmé par le tempo de la nature.

Eden urbain

Sur la rive droite, la géographie est fortement structurante. Les berges du fleuve sont presque sauvages, le marnage rendant difficile tous travaux de génie civil le long de la Garonne. Cette rive convexe a laissé un paysage non sophistiqué où les crues sont régulées naturellement par la pente. Il en résulte une large bande non construite qui vient accompagner le fleuve. La rive droite qui a pu être considérée comme sous-urbanisée, périphérique, mal reliée au centre a du même coup préservé une organisation où le jeu de la nature conserve une large place. Paradoxe de l’histoire, des siècles de marginalisation ont permis de préserver un quartier où les valeurs de notre époque vont pouvoir se développer harmonieusement quand il s’agit d’habiter un paysage, proposer des articulations entre des modes d’habiter en un environnement, créer des biotopes, préserver la biodiversité. Nous sommes donc en présence d’un site ayant son écosystème spécifique, écosystème qui constitue une ressource naturelle gratuite mais à haute valeur, et qu’il s’agit d’habiter.

Vivre dans un paysage

Etre à la fois dans la ville et dans une géographie, bénéficier de l’urbanité et de ses services, évoluer dans un environnement ouvert, arboré, mélange équilibré de minéral et de végétal, telles sont les contraintes paradoxales à partir desquelles nous avons travaillé pour tendre vers un cadre de vie qualitatif, avec la conviction que l’on habite bien plus un paysage qu’une architecture. Nous proposons une urbanité de terroir, d’appartenance à la terre, un aménagement spécifique attentif aux qualités naturelles du site.

Des villas superposées

Plus que de se loger, il s’agit d’habiter un environnement en mettant en œuvre des connivences entre des modes d’habiter et des valeurs partagées. Le végétal, la place de la nature dans la ville (ou de son évocation) sont des thématiques constituantes d’un cadre de vie. Il y a là une dimension culturelle pour un cadre de vie choisi. Il s’agit de répondre à des attentes et des usages forts, primordiaux. Il n’y aura pas du végétal et des constructions, mais une filiation entre un paysage et des modes d’habiter. Chaque logement sera envisagé non comme un appartement mais comme une villa superposée, une villa largement ouverte sur son environnement. La volonté d’échanges entre le bâti et le paysage sera une préoccupation structurante de notre projet. Des espaces extérieurs généreux, véritables pièces à vivre permettront de démultiplier les surfaces privatives, dans une recherche d’harmonie entre un univers urbain et une idée volontaire de la place de la nature dans l’habitat. Chaque logement aura donc un prolongement extérieur sous forme de terrasse, balcon, loggia, jardin, cabane, toiture habitée, jardin d’hiver, etc. Chaque espace extérieur sera potentiellement un jardin suspendu.

Vers le zéro VRD

Notre réflexion est de tendre vers le zéro VRD, limiter a minima l’infrastructure et les travaux de voiries et réseaux. Il s’agit non seulement de préserver les qualités premières du lieu, mais aussi de limiter a minima le coût d’aménagement et les charges d’entretien et d’exploitation de l’ilot. Plutôt que de luter contre la nature, nous allons travailler avec elle, en mettant en scène de façon extrêmement qualitative les ressources du lieu. Notre projet propose de dissoudre un certain nombre de contingences techniques dans une logique paysagère permettant une meilleure qualité de vie, avec plus d’espace, plus d’intimité, une gestion plus simple, plus économique de l’ilot. Il s’agit de travailler avec les éléments l’eau, le vent, l’air, l’ensoleillement, la topographie, la géologie, les cycles des saisons, plutôt que de lutter contre avec un investissement en VRD minimum et des coûts d’entretien et d’exploitation réduits. Le projet vise à minimiser tous les éléments ou signes infrastructurels. Aussi l’imperméabilisation des sols par des voiries est-il réduit au strict minimum en limitant le passage des véhicules individuels motorisés en cœur de site. Le projet réduit la trame viaire à seulement une voie accessible aux seuls véhicules pompiers, livraison, déménagement et ramassage des ordures. Il s’agit d’une voie verte carrossable, traitée de façon paysagère. L’aspect paysagé du site est accompagné par la mise en valeur de la gestion des eaux de pluie par des noues avec infiltration, récupération et réutilisation des eaux avec pour objectif zéro rejet dans le réseau.

L’aléatoire organisé

L’implantation des volumes construits optimise l’orientation des bâtiments afin de permettre une bonne ventilation des cœurs d’îlots et de bénéficier au maximum des apports énergétiques du soleil ; également, d’offrir aux habitants des percées visuelles sur des espaces paysagés tout en bénéficiant d’une grande intimité, d’avoir 100% des logements en double orientation à partir du 3 pièces. Il n’y aura pas de logements en RDC, pas de volets toujours clos et grilles de protection, pas de jardins parcellisés, pas de résidentialisation mais une gestion partagée des surfaces des parcelles par des copropriétés de 50 à 70 logements. La structure verte sera donc définie selon les usages qu’elle permet et la biodiversité dont elle sera le support. La question de la biodiversité inscrit cette structure verte au-delà de l’échelle du quartier. Cette structure verte intègrera également le réseau hydrique et ses dispositifs. L’aménagement proposé participe à la mise en œuvre d’une continuité écologique qui tend à mettre en relation les différents parcs.